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La diversité des positions asexuelles ne fait que mettre en évidence une autre facette de l'impossibilité de l'existence du rapport sexuel. La notion d'« il n'y a pas de rapport sexuel » occupe une place fondamentale, car elle souligne l'impossibilité d'une véritable complémentarité entre les sexes. Dans ce cadre, le terme « asexuel » peut être compris comme une inscription de cette impossibilité par le biais d'une négation du sexuel. Or, la prolifération des identités au sein du spectre asexuel s'explique par l'absence d'un signifiant capable de nommer pleinement ce vide que constitue le sexuel.
Dans le but de démêler les confusions relatives à la sexualité, l'AVEN1 (Réseau pour l'éducation et la visibilité de l'asexualité) – qui a notamment pour objectifs de fournir des informations et de construire une communauté –, a créé le Triangle d'AVEN2, symbole largement reconnu de l'asexualité. Son axe horizontal s'appuie sur l'échelle de Kinsey, qui mesure vers quel genre s'oriente l'attirance (de l'homosexualité à l'hétérosexualité). Son axe vertical indique la fréquence ou l'intensité de l'attirance sexuelle, du blanc (allosexualité) au noir (asexualité), avec un dégradé de gris représentant le spectre asexuel.
Ce spectre comprend des identités telles que la grisexualité, qui désigne les personnes qui éprouvent une attirance sexuelle peu fréquente ou de faible intensité. Il y a également la démisexualité, où l'attirance sexuelle n'apparaît que lorsqu'un lien émotionnel fort s'est établi avec l'autre personne. Dans le cas de la fraisexualité, l'attirance surgit au début de la relation, mais tend à disparaître à mesure que le lien affectif se renforce. D'autre part, la réciprosexualité se manifeste lorsque l'attirance n'apparaît que s'il y a réciprocité de la part de l'autre personne. Ces formes désignent diverses façons d'être au monde, qui s'inscrivent dans le large spectre de l'asexualité. De plus, chaque personne peut avoir une orientation romantique différente (hétéroromantique, homoromantique, arromantique, etc.), ce qui ajoute davantage de nuances à son expérience. Il existe ainsi une infinité de combinaisons pour une infinité d'identités au sein du spectre asexuel.
Le fait qu'il existe une infinité de possibilités signifie qu'aucune n'est juste. Si les identités du spectre asexuel sont infinies, c'est parce qu'il n'existe aucun signifiant capable de nommer correctement le trou auquel renvoie le sexuel ; il y a là une impossibilité. Les personnes asexuelles proposent une solution à la non-complémentarité d'« il n'y a pas de rapport sexuel » qui leur est utile. Comme le dit la communauté somos_aces3 : « Les étiquettes sont des outils qui aident à nous rendre visibles. Nous pouvons les utiliser ou non. Dans tous les cas, respectez les orientations de chaque personne. La réalité humaine est diverse. »

[1] The Asexual Visibility and Education Network (AVEN). Disponible sur : https://www.asexuality.org/. Ou encore : Association catalane des asexuels : https://asexualitat.cat/es/category/asexualidad/.

[2] Triangle d'AVEN. Disponible sur : https://es.asexuality.org/wiki/index.php?title=Tri%C3%A1ngulo_de_AVEN.
[3] Compte Instagram : somos_aces [@somos_aces], (2024, 23 janvier). Disponible sur : https://www.instagram.com/p/DHbov7kAcsj/?utm_source=ig_web_copy_link&igsh=MzRlODBiNWFlZA=.