À Santiago del Estero, dans le nord-est de l'Argentine, un type particulier d'événement est apparu il y a tout juste deux mois, assorti d'une invitation plus qu'alléchante au moins pour les dizaines, et très vite centaines de femmes qui s'additionnèrent chaque soir au fur et à mesure que le mot fut donné.
Bien qu'en principe, au début, il ne s'agissait que de petites fêtes n'étant pas réservées aux femmes, ce furent elles qui relevèrent le gant. En moins de six mois, cet événement Thérapie du dépit s'est transformé en un véritable boom dans la ville. Aujourd'hui, pour obtenir une place, il est nécessaire de réserver longtemps à l'avance ; le concept commence à s'étendre à d'autres provinces.
Des femmes de tous âges et toutes origines y participent et en invitent d'autres à venir. Elles racontent leur expérience en riant aux éclats. De quoi s'agit-il ? D'où vient un tel succès ?
La réservation à cet événement comprend une place à une table avec des amies sur laquelle il y a un microphone – ressemblant à un jouet – que chacune peut prendre quand elle le veut. La musique d'hier et d'aujourd'hui, dédiée à l'amour et surtout au désamour – au dépit –, résonne non pas en fond sonore, mais avec force dans la grande salle. Sur ce thème, cette musique est devenue classique ou va le devenir. Il suffit de jeter un œil sur le compte Instagram de l'événement pour repérer les chansons, toujours à la mode ou plus récentes, qui font que des femmes se mettent à pousser des cris ou monter sur des chaises 1.
Cette thérapie consiste à utiliser ces chansons que l'on chante avec tout son corps, avec émotion, parfois même avec désespoir, et surtout à le faire entourée par d'autres qui dansent et reprennent en chœur d'une table à l'autre.
L'atmosphère a quelque chose de comique et dramatique à la fois, divertissant sans aucun doute. C'est une scène où rien n'apparaît plus impérieux que d'être là et qui déclenche le rire des participantes.
Ainsi, dans la soirée du jour dédié aux amoureux, une fille chante ses reproches à l'égard de son Cupidon incarné et présent à la fête. Beaucoup rient, mais pour elle, rien n'est plus sérieux.
Une fois sortie de son personnage, elle rira de son propre montage, ovationnée par les amies de la table et des alentours. Puis ce sera le tour d'une autre, elle interprètera, d'une voix triste, un thème en duo : « Mon amie, j'ai le cœur brisé » ; et après un dialogue chanté, chacune conclura : « Ce sont les choses de l'amour. » Toute la salle accompagne ce dernier couplet. On dirait qu'elles vont pleurer, mais elles rient aux éclats dans les bras l'une de l'autre. Une autre chanson commence…
Sur son compte Instagram, quelqu'un commente : « Je ne voulais pas aller aux toilettes de peur de perdre une miette de ce qui se passait. » Il ne s'agit pas d'une thérapie pour contrer le dépit, mais pour en parler. Un traitement de ce qui ne fonctionne pas dans l'amour, par le dépit, grâce à la chanson, un projet possible, et pour beaucoup, incontournable.


